| Quand l’école publique ferme ses portes |
|
Des dizaines d’établissements publics, primaires et secondaires, ferment chaque année leurs portes, en raison d’un manque de fréquentation. Le ministère, devant la pression des défenseurs de l’école publique, abandonne l’idée de céder le foncier de ces écoles à des opérateurs privés.
Le ministère de l’éducation nationale est-il en train de liquider une partie de son patrimoine foncier, en cédant des écoles et des collèges, au détriment de l’intérêt des élèves et de la mission éducative qui est celle de l’Etat, et au grand bonheur des spéculateurs immobiliers ? C’est aller vite en besogne que de répondre par l’affirmative. Une chose est sûre, les académies régionales d’éducation et de formation de plusieurs villes procèdent depuis quelques années à la fermeture d’établissements primaires et secondaires au motif que ces derniers ont trop peu d’élèves. Les établissements fermés sont souvent des écoles primaires, surtout à Casablanca et Rabat Depuis, d’autres établissements, souvent primaires et collèges, ont fermé leurs portes, ou s’apprêtent à le faire, plus à Casablanca que dans d’autres villes. Le dernier en date est le collège Chabbi, fermé depuis 2010, situé également dans le périmètre de l’arrondissement Maârif. Le motif avancé, comme dans le cas du collège Ibnou Tofaïl, est qu’il n’y a plus assez d’élèves, les 200 qui le fréquentaient encore ont d’ailleurs été redéployés au collège Mohamed Abdou qui lui est mitoyen. (Pour l’histoire, les bâtiments des deux collèges Chabbi et ce dernier étaient partie intégrante du grand lycée Chawki, sis boulevard Zerktouni, un autre établissement mythique qui existe encore de nos jours, et qui a formé des générations de jeunes filles à Casablanca). Le sort du collège Chabbi après l’évacuation de ses derniers élèves ? Selon nos sources, il ne s’agira pas de cession à des privés, car «l’idée est maintenant complètement abandonnée par le ministère», mais le bâtiment sera transformé en centre de formation continue, c’est du moins ce que déclarent les responsables de l’académie régionale de Casablanca. A quelques encablures de ce collège, sur les boulevards Ziraoui, Bordeaux, et celui des FAR, au moins quatre autres écoles primaires publiques ont fermé leurs portes ces trois dernières années. Dans une autre zone casablancaise, à Derb Soltane El Fida, cinq autres écoles ont connu le même sort. Abdelmalek Badaoui, cadre à la Lydec et responsable de la Fédération des associations des parents d’élèves au quartier El Fida, les énumère : deux écoles sous le nom d’Ibnou Arabi (une pour filles et une autre pour garçons), l’école Ibnou Tachfine, l’école Alqayraouane et l’école Lalla Asmae. «Ces écoles n’ont été ni concédées ni transformées pour d’autres besoins liés à l’éducation. Les bâtiments sont actuellement à l’abandon, et sont squattés par des clochards», précise M. Badaoui. Leurs classes ont même servi de refuge à des populations victimes des inondations. Dans d’autres quartiers, des écoles sont menacées de fermeture : on y compte l’école Al Manfalouti, sise boulevard Ghandi, et l’école Jarir au quartier Polo. La première «n’est plus fréquentée que par les habitants du bidonville Bachkou, or ce dernier sera bientôt vidé de ses habitants, et les élèves qui la fréquentent seront transférés dans une autre école proche de leurs nouvelles habitations. La seconde ne comprend plus que 45 élèves, en majorité les enfants des concierges et des gardiens des villas avoisinantes. L’offre ne suit plus la demande», fait remarquer le directeur d’une école privée à Hay Hassani. Seulement 19,9 naissances pour 1 000 habitants Deux raisons fondamentales de ces fermetures sont avancées par le ministère de tutelle : ces écoles sont en sous-effectifs, notamment dans des quartiers résidentiels, car, et c’est la première raison, les parents préfèrent les écoles privées. «La fermeture d’écoles devient ainsi chose évidente», confirme une source du ministère. Mais si la demande n’est plus aussi forte qu’auparavant c’est également parce que le Maroc connaît actuellement, et c’est la deuxième raison de la désertion de ces écoles, un vieillissement de la population : le taux de natalité a connu ces dernières années une baisse remarquable. Cette année, on est exactement à 19,19 naissances pour 1000 habitants, soit un taux de fécondité de 2,23 alors qu’en 1960, cet indice était de 7,16. «Normal que la demande en 2011 ne suit plus l’offre et qu’elle ne soit pas aussi forte qu’il y a 40 ans», ajoute la même source. L’école publique, une obligation étatique, mais pour quel rendement Quatre ans après le démarrage de ces fermetures, les défenseurs de l’école publique campent sur leur position : le foncier de ces écoles n’est pas à brader. Le président de la Fédération des associations des parents d’élèves persiste et signe. «Ce qui pose problème, pour nous, n’est pas la transformation de ces établissements en lieux dédiés aux besoins de l’éducation et de la formation. Ce qui nous dérange est leur cession à des privés pour les raser et élever à leurs places des immeubles. Le foncier est cher dans certaines zones à Casablanca et les convoitises sont fortes», prévient-il. En gros, ce qui inquiète particulièrement les défenseurs de l’école publique est que ces fermetures soient liées à une quelconque politique de l’Etat voulant céder petit à petit le domaine de l’éducation et de la formation aux opérateurs privés, et soulager ainsi le Budget de l’Etat dont une partie non négligeable va au domaine de la formation. Le budget consacré au secteur de l’éducation publique pour généraliser l’école à tous les Marocains et arrêter l’hémorragie de la déperdition scolaire est conséquent : le plan d’urgence a coûté à l’Etat 40 milliards de DH, qui serviront entre autres à la réhabilitation et à la construction de nouveaux établissements scolaires. Des écoles publiques ferment, en effet, mais d’autres sont créées ou rénovées. La vraie question que l’on doit se poser est la suivante : l’éducation et la formation, qui sont un devoir incontournable de l’Etat, coûtent cher pour l’Etat, mais pour quel rendement et quelle qualité ? La Vie éco |
Nombre d’enseignants en public et en privé en 2009:
|