| L’autonomie amputée de l’université |
Entretien avec, Rahma Bourqia, la présidente de l’Université de Mohammedia
· Les procédures sont trop lentes et inadaptées La réforme pédagogique avance à grands pas. L’Université Hassan II de Mohammedia a les moyens de s’organiser et de se moderniser. Rahma Bourqia, sa présidente, pointe cependant quelques anomalies: manque d’autonomie, pas d’encouragement à l’intervention des professionnels au sein de l’université - L’Economiste: L’université est-elle réellement autonome aujourd’hui? - Rahma Bourqia: Sur le plan pédagogique, oui. Nous avons toute la latitude pour lancer et diversifier les filières mais aussi, la possibilité de fermer celles qui n’ont plus d’attrait pour les étudiants ou qui manquent d’encadrement. On a dépassé le temps où les formations étaient élaborées au ministère et les universités les appliquaient à coup de circulaires. Sur le plan administratif, en revanche, on ne peut pas encore parler d’autonomie. Le personnel et le corps enseignant sont rattachés au ministère de tutelle et gérés depuis Rabat. Nous savons que l’application de la loi n’est pas acceptée par les enseignants. Ils veulent rester liés à la fonction publique. Je crois qu’il y a une crainte qui n’a pas été débattue pour sécuriser les enseignants. Au niveau budgétaire, l’université dispose d’une autonomie de gestion mais pas financière. Mais nous sommes encore loin, puisque l’on est toujours soumis au contrôle a priori. Il faut s’acheminer vers un contrôle a posteriori, qui donnera plus de flexibilité en matière de gestion financière. Ceci implique la mise en place d’un système d’évaluation du rendement et des audits. Aujourd’hui, les procédures sont trop lourdes inadaptées à la situation d’une université en mouvement. A cette contrainte, il faudrait ajouter le manque de compétences dans la gestion comptable et financière. Il faudrait aussi souligner qu’avec l’autonomie, les fonctions du ministère doivent changer dans la mesure où il faudrait passer d’une centralisation à une régionalisation. Le rôle de la tutelle serait d’élaborer les politiques, de légiférer, de coordonner et d’évaluer. - En parlant du rôle de tutelle, ne pense-t-elle pas revaloriser les vacations? - Il le faudrait, en effet. L’heure de cours est fixée par les textes: c’est 300 dirhams bruts, soit environ 170 dirhams nets. Ce qui ne motive pas les professionnels à intervenir au sein de l’université. Ceux qui interviennent le font par affinité, ou par amitié à certains enseignants et responsables. Nous avons besoin de nous ouvrir sur les professionnels, mais il faut une rémunération conséquente. Les discussions avec le ministère des Finances sont en cours. Par ailleurs, certains enseignants offrent leur service au privé d’où un manque à gagner de l’université. Les écoles privées fonctionnent aujourd’hui avec les professeurs provenant de l’université. La solution serait que le privé se pare d’un minimum de permanents ou que ces «piges» soient institutionnalisées. On passera ainsi de l’informel au formel. Le privé est important mais son développement ne doit pas se faire au détriment du public. - Pourquoi l’université traîne-t-elle une si mauvaise image auprès des employeurs? - Cette image est en train de changer. C’est la question de l’employabilité des lauréats qui est parfois au centre de cette image. Or, il faudrait analyser la question plus en profondeur et sortir des raccourcis. Est-ce que le tissu économique offre suffisamment d’emplois? Nos entreprises investissent-elles assez dans la formation? Les entreprises veulent un employé clés en main. Or, cela n’est possible nulle part. L’université a sa part de responsabilité mais n’a pas toute la responsabilité dans le chômage des diplômés. En outre, il n’y a pas assez d’études sur l’insertion des diplômés. Parfois, on juge d’après un petit groupe qui s’active devant le Parlement. Aujourd’hui, un effort est fait au niveau du nombre de partenariat. L’université a changé. Elle a multiplié ses entrées dans l’entreprise. Mais il faut aller encore plus loin. Les Ecoles des instituteurs (Enset et Enes) sont au centre des préoccupations. La nouveauté, concernant ces établissements, est le projet de contractualisation qui est en préparation actuellement entre l’université et l’Education nationale. Le ministère devra ainsi exprimer ses besoins en termes de formation (instituteurs, éducateurs pour le préscolaire, primaire…) et aussi les besoins du secteur privé. Pour ne plus naviguer dans le vide. L’Université de Mohammedia a hérité pour sa part de l’Enset (Ecole nationale supérieure de l’enseignement technique). Une composante sera destinée à l’enseignement mais le reste sera aligné sur le système LMD, tout en restant dans leur créneau qui est technique L'économiste |
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